Reportage – AquaMag : L’aquascaping est-il un art ?

UNE EXPOSITION D’AQUASCAPING SUR UN LIEU INEDIT

A portée de vue des tours de la Défense et à 10 minutes de Paris, Carrara-City situé Carrières-sur-Seine dans les Yvelines est un lieu culturel dédié aux amoureux de la Sculpture et du travail de la Pierre. Un lieu insolite, prestigieux et chargé d’histoire.

Au Moyen-âge les gisements de roche calcaire des sous-sols furent exploités, les pierres servirent en particulier à la construction de bâtiments religieux, tels que la basilique de Saint-Denis.

Alors que l’activité fût abandonnée au XIXe siècle, les carrières furent reconverties dans la culture de champignons.

L’exploitation de cette ancienne carrière abandonnée jadis a été réhabilitée par Jean Noris-Carrara il y a 15 ans. Aujourd’hui classée en zone de protection du patrimoine architectural, c’est l’histoire de la ville, Carrières-sur-Seine, qui sera mise en lumière à travers l’histoire de cet endroit prestigieux et historique.

Les sculpteurs viennent y travailler la pierre et s’y adonnent à cœur joie ! On y retrouve également des graffitis d’artistes. Ces lieux idéalement dédiés à des expositions d’artistes, servent également de décor à des films et des publicités, ou encore pour des animations événementielles.

Les journées du patrimoine, l’occasion attendue

Et c’est une fois par an, lors des journées du patrimoine de Carrières-sur-Seine que Carrara-City ouvre ses portes au grand public, cette année le 17 septembre 2017. L’occasion de visiter un lieu magnifique tout en y découvrant des artistes exposant lors de cette journée.

Des peintures, des sculptures, de la ferronnerie… et l’aquascaping dans tout ça ?

Laurent Garcia, Designer aquatique autrement appelé « aquascapeur » et fondateur de la société Aquarilis réalise des décors d’aquarium sur mesure.

Ce dernier est coutumier de ce genre d’expositions.

En effet, c’est en exposant des aquariums comme on expose des peintures ou des photographies qu’il a notamment été amené en septembre 2016 à présenter ses créations au « Lavoir » à Carrières-sur-Seine, un lieu réservé aux expositions artistiques. Un pari risqué ?

L’exposition fût un succès et c’est grâce à un taux de fréquentation inhabituellement élevé et aux excellents retours sur cette exposition que la mairie de la ville proposa d’organiser une rencontre entre ce créateur inédit et le propriétaire de Carrara-City.

Le stand aquascaping : l’embarras du choix

C’est lors d’une visite privée de la carrière qu’a lieue la rencontre. Des centaines de mètres de couloirs à parcourir, une ambiance tamisée, des coins sombres, des aménagements impressionnants… entre surprise et émerveillement il fallait trouver un endroit ou les aquariums pourraient y être exposés mais une chose était évidente, les deux environnements allaient se marier à merveille et les aquariums seraient inévitablement mis en évidence.

Il y a l’embarras du choix et trois semaines pour réfléchir au lieu idéal. L’endroit choisi sera une cavité, au fond de la carrière, pas très loin de la galerie conservée en champignonnière de l’époque.

Quelques données techniques

Pour cette journée d’exposition, cinq aquariums seront présentés dont voici une présentation.

  • « Pics » : un 12 litres qui est décoré d’Ohko Stones éclatées, de pouzzolane et de sable de Loire au sol alors que quelques mousses (vesicularia Dubyana) habitent les pierres.
  • « L’Arche » : un cube de 10 litres ayant fait l’objet d’un tutoriel vidéo sur la chaine Youtube d’Aquarilis forme une arche avec un travail particulier sur la profondeur d’un relief laissé apparent par cette ouverture.
  • « Coucher de soleil » : Devenu classique, le plus connu des aquariums de la marque est un 50 litres arrive au million de vues sur cette même chaine. Il représente comme son nom l’indique un coucher de soleil sur un paysage de montagne dessiné à base de Seiryu Stones.
  • Les « aiguilles de Port Coton » : la reproduction d’un site touristique de Belle-ïle en mer est présenté dans un deuxième 50 litres. Le challenge de cet aquarium était de reproduire le plus fidèlement possible la forme des aiguilles de ce site touristique connu tout en y intégrant une végétation alors que le lieu original situé en bord de mer n’en contient pratiquement pas.
  • Et enfin, un aquarium de 60 litres fabriqué sur mesure et adapté à la forme de son mur végétal est également présent. La cuve, fabriquée 3 jours plus tôt a été décorée la veille de l’installation en raison du temps minimum de séchage des parois. Elle contiendra des blocs de pierre de lave rouges et des racines appelées riverwood. Enfin la végétation choisie (staurogyne, alternantra reinekii, microsorum pteropus) aura pour but de réussir une transition avec les plantes du panneau végétal.
  • Pour finir, des photos à taille réelle d’aquariums de 300 litres agrémenteront le « stand ».

La température de la carrière est stabilisée aux alentours des 10°, de jour comme de nuit. Si l’on tient compte du matériel nécessaire pour remonter les aquariums à 25° ainsi que le stress potentiellement engendré pour une seule journée d’exposition intensive, il sera choisi de ne pas apporter de vivant à l’exception de crevettes « Neocaridina heteropoda – Sakura Red » qui avaient initialement investi le « coucher de soleil ».

Témoignage sur place :

« Je suis crevettophile depuis quelques temps. J’ai découvert l’aquascaping en faisant des recherches et en fouillant sur le net, je suis tombé sur les bacs réalisés par Laurent Garcia. Depuis je suis son travail. Lors des journées du patrimoine à Carrières sur seine, j’ai vu qu’il exposait quelques unes de ses créations. Ce fut l’occasion pour moi de le rencontrer et de voir de vrais bacs et non des photos. Îl n’y a pas à dire. Je suis admirative de son travail, il sait comment nous faire voyager et nous faire rêver .J’espère qu’il sera champion du monde un jour d’aquascaping car il le mérite. » (ndlr : il occupe l’honorable 28e place de l’IAPLC 2017, ce qui est déjà un bel exploit)

Sonia Ah-Koon

Ouverture des portes

Une demi-journée est nécessaire le samedi pour tout installer alors que des visites privées débutent déjà sous la tutelle d’un guide. C’est l’occasion de prendre le micro et d’expliquer, œuvres à l’appui, ce qu’est l’aquascaping à un public surpris et intrigué.

Comme imaginé, l’obscurité de la grotte avec pour seuls éclairages d’appoints les lumières des aquariums et un petit projecteur pour le panneau végétal font ressortir à merveille les créations.

C’est enfin le jour J. Nous sommes dimanche matin et il est temps pour Carrara-City d’ouvrir ses portes et accueillir la file d’attente de spectateurs déjà formée à l’entrée. Il est 9 heures du matin.

Pour des raisons de sécurité, le nombre de personnes est régulé à 50 maximum en même temps, en conséquence, le temps d’attente pour entrer sera de 45mns toute la journée.

Mais ils ne le regretteront pas. De belles expositions d’artistes, des démonstrations de certains métiers, et tout au bout de la visite, la découverte inédite d’une discipline qu’ils n’imaginaient pas : l’aquascaping ! car soyons honnêtes, si les aquariophiles ne connaissent pas tous encore cette dernière, c’est une découverte totale pour les non-initiés. Les réactions sont unanimes, entre surprise et plaisir de la découverte de cet art méconnu, cette autre façon d’aborder l’aquariophilie. Les questions sont nombreuses et l’intérêt certain ! L’objectif est atteint.

Durant cette journée intensive, environ 1500 visiteurs auront foulé les couloirs de la carrière. Une fois parti, un dernier verre de l’amitié attend les exposants et organisateurs de cette journée pour clôturer une exposition à succès. Mais le déménagement du stand aquascaping attendra le lendemain…

Ceux qui auront raté cette visite devront désormais attendre un an. Mais ils pourront sans doute y découvrir encore de nouvelles surprises.

L’aquascaping est-il un art ?

Régulièrement présenté par les spécialistes comme la branche artistique de l’aquariophilie, celle qui consiste à mettre en avant l’esthétisme, à créer des décors naturels, l’aquascaping n’est pas reconnue en France par la maison des artistes. Il faut toutefois comprendre que cette discipline inaugurée par le regretté Takashi Amano il y a plus de 20 ans au Japon, ne se fait réellement connaître que bien plus tard dans notre pays.

Exposer des aquariums décorés au même titre que des œuvres artistiques fût en soit une expérience intéressante car si l’on en croit la réaction du grand public – entendons par là des non-initiés à l’aquariophilie – ces tableaux vivants auraient toute leur place dans ce contexte.

Alors, l’aquascaping est-il un art ? Chacun se fera son opinion…

Laurent Garcia

Aquamag n37 – Décembre 2017 / Janvier / Février 2018